OMS: nouvelle réunion de négociation concernant la grippe H1N1 et l’échange des virus et audition devant le Conseil de l’Europe

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Un accord prévoyant l’échange d’informations sur les virus et le partage des avantages liés à la gestion des droits de propriété intellectuelle qui en découlent devrait être conclu dans le cadre d’une nouvelle négociation intergouvernementale organisée sous les auspices de la directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé.

La précédente réunion intergouvernementale sur la préparation en cas de grippe pandémique et les discussions informelles organisées par Margaret Chan ont permis de constater qu’un consensus sur ces questions était difficile à trouver.

Pendant ce temps, le Conseil de l’Europe, un organe intergouvernemental chargé de promouvoir la défense des droits de l’homme et d’autres questions, organisait une audition publique sur la gestion par l’OMS de la pandémie de grippe A (H1N1).

La nouvelle réunion de négociation organisée par l’OMS aura lieu du 10 au 12 mai, juste avant l’Assemblée générale, l’organe décisionnel de l’Organisation, qui se tiendra du 17 au 22 mai. La date de la réunion a été fixée par le Conseil exécutif de l’OMS, qui en a informé l’Assemblée, lors de sa session du 8 au 22 janvier.

Les gouvernements ont convenu que la réunion de mai devait « être organisée sous la forme d’un groupe de travail ouvert » et prendre comme document de référence le rapport final de la première réunion de négociation intergouvernementale prévue au mois de mai.

La décision a été prise suite à des discussions informelles entre l’Afrique du Sud, l’Australie, le Bangladesh, le Brésil, le Canada, la Chine, les Etats-Unis, la France, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni, la Suisse, la Thaïlande et le Zimbabwe.

Échange des virus : pour quels avantages ?

Le représentant du Mexique, où a éclaté la pandémie de grippe (dénommée grippe porcine) en 2009, a fait remarquer que «malgré la bonne volonté dont le pays avait fait preuve concernant l’échange des virus – raison pour laquelle, selon de nombreux participants à la réunion, des vaccins avaient pu être développés si rapidement- , il n’avait reçu aucun avantage en retour.»

«Nous disposons d’une petite partie des stocks de vaccins disponibles» et leur accès est restreint, a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de parvenir à un accord sur le partage des médicaments. » Les vaccins sont produits par les entreprises pharmaceutiques des pays développés.

De son côté, le Brésil a insisté sur le fait que le partage des avantages était un droit pour les Etats membres et que, dès lors, un tel accord devait être « contraignant et avoir force exécutoire ».

La Fédération internationale de l’industrie du médicament a souligné la contribution volontaire sans précédent apportée par ses membres dans le domaine de la recherche et du développement de savoir-faire et de vaccins, ainsi que par le biais de l’application de prix différenciés, plus bas, pour les pays en développement. Sangeeta Shashikant, du réseau international Third World Network, a fustigé pour sa part «Un système inéquitable qui permet aux pays développés de bénéficier de vaccins mais contraint les pays en développement à dépendre de mesures ad hoc tels que les dons. »

Des commentaires ont été faits concernant la gestion de la pandémie. «L’OMS doit dissiper tout doute», a indiqué la représentante de l’Inde, en référence aux articles publiés dans les journaux concernant les liens existants entre les experts de l’OMS et l’industrie pharmaceutique. «Notre travail est mis en cause par le grand public», a-t-elle ajouté, plaidant par la publication par l’OMS d’une déclaration officielle.

Audition publique devant le Conseil de l’Europe

Lors d’une audition publique qui s’est tenue le 26 janvier à Strasbourg, des représentants de l’Organisation mondiale de la Santé et de l’industrie pharmaceutique européenne ont répondu aux accusations du Conseil de l’Europe et de la presse selon lesquelles la pandémie de grippe qui a éclaté au cours de l’été dernier a été mal gérée.

La déclaration de la pandémie était «un acte incompréhensible qui n’était étayé par aucune preuve», a indiqué Wolfgang Wodarg, un médecin spécialisé en épidémiologie et ancien président de la sous-commission de la santé de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Wolfgang Wodarg a signé la motion demandant au Conseil de l’Europe d’ouvrir une enquête sur le rôle de l’OMS. D’après lui, si l’état de pandémie a été déclaré en juin, c’était avant tout pour inciter les Etats à acheter des quantités massives de vaccins brevetés. Il a appelé à l’ouverture d’une enquête afin de déterminer comme ce « non-sens dangereux » avait pu se produire.

Pour Keiji Fukuda, conseiller spécial auprès de la Directrice générale de l’OMS pour la grippe pandémique, la pandémie de grippe actuelle est « un événement bien documenté sur le plan scientifique [et] non pas de simples tournures de phrase ou polémiques». L’OMS a toute confiance dans l’intégrité et la validité scientifique de son processus décisionnel, a indiqué Keiji Fukuda, qui a précisé que des informations le concernant ont été diffusées sur le site Internet de l’Organisation le 3 décembre.

«De notre point de vue, la manière dont la motion a été rédigée est inappropriée pour qui comprend comment fonctionne la fabrication de vaccins », a indiqué Luc Hessel, un représentant des fabricants européens de vaccins, qui a rappelé que l’industrie pharmaceutique n’a fait que ce qui lui avait été demandé par les dirigeants politiques.

Ulrich Keil, professeur et Directeur du Centre de collaboration de l’OMS pour les épidémies à l’Institut d’épidémiologie de l’Université de Münster (Allemagne) a estimé pour sa part que le monde «était en train d’assister à un gigantesque gaspillage de fonds publics», beaucoup plus d’argent étant investi dans la pandémie de grippe que dans des maladies non infectieuses, mais potentiellement plus mortelles.

En réponse, un parlementaire du Conseil de l’Europe présent lors de l’audition a déclaré qu’en tant que défenseur de la population, il soutenait une approche prudente. « Si une personne était décédée sans qu’aucun vaccin n’existe, nous aurions été critiqués », a-t-il indiqué avant de préciser qu’il ne détenait « aucune action dans l’industrie pharmaceutique. »

Un autre parlementaire a critiqué «la réaction hystérique de l’OMS face aux doutes qui ont été émis sur ces conclusions, comme si elle n’était pas capable de répondre à des questions sur ses organes décisionnels. Je trouve insultant qu’une organisation comme la vôtre pense qu’elle peut échapper à tout reproche et questionnement.»

Pour Keiji Fukuda, l’OMS «est parfaitement consciente que les mesures prises ne sont pas la panacée.» Mais, a-t-il ajouté, « lorsqu’une personne souffre de douleurs à la poitrine, vous n’attendez pas que son état s’aggrave pour agir…. C’est exactement l’approche que nous avons suivie.»

Une version intermédiaire de l’évaluation concernant la réponse mondiale à la grippe pandémique H1N1 sera présentée lors de la prochaine Assemblée générale de l’Organisation qui aura lieu en mai, a annoncé Margaret Chan lors du discours d’ouverture de la réunion du Conseil exécutif.

Pour elle, la meilleure nouvelle sur le plan sanitaire au cours de la décennie précédente est l’impact modéré qui a caractérisée la grippe pandémique. Elle a souligné que le pire était peut-être passé dans l’hémisphère Nord, mais que « l’hiver n’était pas terminé et que l’hémisphère Sud serait bientôt touché par la grippe ». Elle a ajouté que l’OMS était en train d’élargir son programme de dons pour les pays en développement « préoccupés par un accès insuffisant aux vaccins contre la grippe pandémique. »

Traduit de l’anglais par Véronique Sauron

Kaitlin Mara may be reached at kmara@ip-watch.ch.

William New may be reached at wnew@ip-watch.ch.

Avec le soutien de l'Organisation internationale de la Francophonie.

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