Un nouveau projet pour permettre aux scientifiques d’accéder librement à la littérature sur la physique des particules

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Alors que le prix des abonnements aux revues de physique des particules ne cesse d’augmenter, rendant difficile pour certains chercheurs de pouvoir accéder à des articles importants relus par des pairs, de grands physiciens ont mis en place un modèle alternatif de diffusion en libre accès.

La communauté des chercheurs spécialisés dans la physique des particules estiment essentiel pour les chercheurs de pouvoir consulter les rapports de recherches passées ou actuelles. Face à l’augmentation des coûts, qui a contraint des bibliothèques du monde entier à résilier leurs abonnement, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) a décidé de lancer une initiative visant à collecter des ressources mondiales afin de permettre aux scientifiques d’accéder librement aux articles publiés dans ce domaine.

Ces chercheurs spécialisés dans la physique des particules ont été les premiers à utiliser ce modèle en mettant à disposition des archives électroniques contenant des prépublications d’articles scientifiques accessibles librement sur la Toile. Ces archives ne sont autres que des bases de données dans lesquelles figurent des articles décrivant des résultats scientifiques qui n’ont pas encore été publiés dans des revues avec comité de lecture.

Les premières archives électroniques ont été créées par l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) à la fin des années 50. Elles contenaient des documents de travail et des rapports soumis au CERN par des auteurs travaillant dans des institutions du monde entier, a indiqué, Robert Aymar, le directeur de l’Organisation lors d’une communication qui sera publiée au début de l’année 2009 dans la European Review.

Les archives électroniques facilitent l’accès à des articles de recherche avant leur publication et permettent, dès leur diffusion, d’alimenter les recherches en cours.

Diverses archives électroniques ont été créées dans le domaine de la physique des particules, parmi lesquels le serveur de documents du CERN, la base de données SPIRES gérée par le Stanford linear Accelerator Center depuis la fin des années 60, qui contient des articles sur la physique des particules, et les archives arXiv.org, qui ont été constituées en 1991 dans le laboratoire national de Los Alamos National au Nouveau Mexique et qui sont aujourd’hui gérées par l’université Cornell.

Les articles figurant dans ces archives ne sont pas soumis à un comité de lecture, qui permet de vérifier la qualité d’un article soumis pour publication. Ce type d’évaluation, qui est généralement organisée par les éditeurs et effectuée par des spécialistes dans le domaine, constitue un moyen d’évaluer les scientifiques et d’apprécier l’évolution de leur carrière. Il est également utile pour mesurer la qualité et la productivité des groupes de recherche et instituts.

Les grandes revues de physique des particules sont essentielles pour la communauté scientifique car elles offrent ce type d’évaluation. Mais l’évaluation coûte cher. Les bibliothèques subissent une forte pression financière du fait de l’augmentation du coût des abonnements aux revues scientifiques et nombre d’entre elles ont été contraintes d’annuler leurs abonnements, a indiqué Jens Vigen, responsable du service d’information scientifique au CERN. Le modèle actuel d’abonnement n’est pas viable et la communauté a besoin d’un nouveau modèle pour contenir la hausse des coûts et faciliter le libre accès aux articles scientifiques.

Le projet SCOAP3

Un nouveau modèle pour la publication en libre accès a émergé, qui vise à rendre l’intégralité de la littérature touchant à la physique des particules accessible librement. Dans ce modèle, les publications ne seraient plus financées par les abonnements souscrits par diverses institutions mais par un seul partenaire financier: le Sponsoring Consortium for Open Access Publishing in Particle Physics (SCOAP3).

Le SCOAP3 est un consortium regroupant diverses agences de financement dans le domaine de la physique des particules, des laboratoires, les grandes bibliothèques nationales et internationales et le consortium des bibliothèques.

Seront membres du consortium, selon le schéma défini, tous ceux qui, partout dans le monde, contribuent à la diffusion d’articles dans le domaine de la physique des particules. « Il incombera à chaque pays de financer l’examen par les pairs des articles scientifiques qui auront été publiés », a indiqué Jens Vigen. « L’objectif final est que tous les pays participent au projet SCOAP3. » La transition vers le libre accès sera facilitée par le fait que la plupart des articles publiés dans le domaine de la physique des particules le sont dans les six revues avec comité de lecture qui existent dans ce domaine selon un rapport publié par le groupe de travail du projet SCOAP3 [pdf en anglais].

À ce jour, la plupart des pays européens et 44 partenaires américains ont accepté de participer au projet. La Turquie, Israël et l’Australie ont également rejoint le consortium. Des discussions sont en cours avec plusieurs pays d’Asie, notamment l’Inde, la Chine, et le Japon, d’après Jens Vigen. Bien que près de 50 pour cent des fonds nécessaires ont été engagés, le consortium n’a pas encore pris contact officiellement avec les éditeurs. «Nous devons intégrer dans le projet des acteurs importants, comme le Japon et la Chine, avant de les approcher », a-t-il indiqué.

Bien que les discussions formelles avec les éditeurs n’ont pas encore commencé officiellement, le consortium a fait savoir que ceux-ci soutenaient activement l’idée du libre accès aux articles publiés dans le domaine de la physique des particules. Le projet permettrait aux éditeurs de bénéficier d’une alternative plus viable et aux chercheurs de disposer d’un meilleur accès à des articles évalués par d’autres scientifiques, d’après le groupe de travail de SCOAP3.

Le coût du projet SCOAP3 serait réparti entre les pays participants selon un modèle de répartition équitable fondé sur le nombre d’articles diffusés dans chacun d’eux. Dix pour cent du budget de SCOAP3 seront consacrés au financement de publications rédigés par les scientifiques de pays qui ne sont pas en mesure d’apporter leur contribution au consortium.

Une fois le processus d’établissement du budget et les négociations achevés, les organes directeurs du consortium seront nommés et le projet pourra officiellement débuter. Il sera dirigé par le CERN. Selon Jens Vigen, «Les dirigeants du CERN ont proposé que de diriger le consortium à titre gratuit, sans qu’aucune charge ne soit prélevée sur les membres. »

Le lancement du consortium devrait intervenir de manière imminente. «Le lancement du consortium est lié aux négociations en cours avec des partenaires potentiels, en particulier en Asie, notre objectif étant d’intégrer dans le projet des partenaires du monde entier. Nous espérons un lancement pour 2009 », a précisé Jens Vigen.

Lorsqu’il aura atteint sa masse critique, le projet SCOAP3 sera officiellement créé et ses organes directeurs nommés. Un appel d’offres sera ensuite lancé afin d’évaluer le coût exact de son fonctionnement. Les négociations avec les éditeurs en vue de la conclusion de contrats pourront alors débuter.

Par ailleurs, les bases de données du Stanford linear Accelerator Center et du CERN sont en train d’être fusionnées pour n’en former qu’une dénommée INSPIRE dans laquelle des articles scientifiques sur la physique des particules seront stockés et accessibles librement. En cas de succès du projet SCOAP3, tous les articles publiés seront enregistrés dans la base de données INSPIRE, qui contiendra à la fois des prépublications d’articles et des articles soumis à des revues avec comité de lecture.

Traduit par Véronique Sauron

Avec le soutien de l'Organisation internationale de la Francophonie.

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